samedi, avril 21, 2007

Election pestilentielle : Octave Mirbeau et le cri d’un littérateur dans ce théâtre de l’absurde où le boucher tranche le lard dans l’urne !


« Il a voté hier, il votera demain, il votera toujours. Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne disent rien, eux, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit. »

La grève des électeurs par Octave Mirbeau (28 novembre 1888), page 13, éditions Ludd (1995)

« Il a fait la Révolution française et, phénomène inexplicable, en dépit de cent années d’expériences douloureuses et vaines, il la célèbre ! Il la célèbre, cette Révolution qui n’a même pas été une révolution, un affranchissement, mais un déplacement des privilèges, une saute de l’oppression sociale des mains des nobles aux mains bourgeoises et, partant, plus féroces des banquiers ; cette révolution qui a crée l’inexorable société capitaliste où il étouffe aujourd’hui, et le Code moderne qui lui met des menottes aux poignets, un ballon dans la gorge, un boulet aux chevilles. Il en est fier, et pour toute sa vie, à travers les monarchies et les républiques, se passe à changer de menottes, de bâillons et de boulets, chimérique opération qui lui arrache ce cri d’orgueil :
- Ah ! si je n’avais pas fait Quatre-vingt-neuf, où donc en serais-je ? Je n’aurai peut-être pas Boulanger ! »

Prélude par Octave Mirbeau, 14 juillet 1889, (pages 23 / 24), éditions Ludd, (1995)

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